Un visage que nous avons vu des milliers de fois. Parue en couverture du National Geographic en 1985, cette petite Afghane est devenue la Monalisa moderne et symbolise la détresse d’un pays qui verra bien d’autres conflits. Photo Steve McCurry/MagnumTexte et photo: Marc-André Pauzé
En 1978, un jeune photoreporter, alors inconnu, parcourt le Pakistan, fasciné par les peuples des montagnes. Il fait alors la rencontre des Moudjahidins Afghans. Ces derniers lui expliquent qu’une guerre se prépare dans leur pays, de l’autre côté des montagnes de Peshawar. L’Union Soviétique est sur le point d’envahir l’Afghanistan et il faut que le monde soit mis au courant.

Steve McCurry
Steve McCurry se déguise en Pashtoune et part, à pieds, à travers les montages, documenter les évènements qui lanceront sa carrière de grand photographe. Il reviendra de ce périple avec plein de films, cachés dans la doublure de sa veste et gagnera le“Robert Capa Gold Medal” pour le reportage international le plus significatif de l’année.
Il retournera de nombreuses fois en Afghanistan. En 1984, alors qu’il visite un camp de réfugiés Afghans près de Peshawar, au Pakistan, il entre dans une tente servant d’école et demande la permission de faire quelques photos. C’est alors qu’il remarque une petite fille de 12 ans. L’instant d’un cliché, il saisit sur pellicule toute la détresse d’un peuple, qui encore aujourd’hui est aux prises avec des conflits internes, en plus d’une occupation du territoire par des armées étrangères… comme dans les années 80.
Cette photo fit la page couverture du National Geographic en juin 1985 et le tour du monde. La petite Afghane est considérée par plusieurs comme l’image moderne la plus reconnue. Pourtant, Steve McCurry ne connaissait même pas son nom. Pendant des années, il essaya de la retrouver, sans succès.
Mais en janvier 2002, une équipe du National Geographic, accompagnée du photographe, réussi à la retrouver. Sharbat Gula était mariée et avait eu quatre filles, une d’elles morte en bas âge. Elle se rappelait parfaitement la fois où McCurry visita sa classe, c’était la seule fois où elle fut prise en photo dans sa vie. Depuis, elle a retrouvé son anonymat fidèle à sa culture. National Geographic a mit en place le Afghan Children’s Fund appuyant les petites filles afghanes à se scolariser. La Société National Geographic s’assure aussi du bien-être de la famille de Sharbat qui a déménagé dans un endroit secret des montages d’Afghanistan.
Steve McCurry continua à parcourir la planète et devint un des photographes les plus célèbres des 30 dernières années. Je l’ai côtoyé, l’instant d’un week-end, à son studio de Manhattan en 2005. L’homme derrière la légende, m’a paru alors, fatigué et peu bavard. Je participais à un séminaire où il partageait ses expériences avec nous et évaluait notre travail. Je quittai ce week-end avec un peu de déception d’avoir rencontré une légende qui n’était peut-être pas dans la meilleure forme, mais néanmoins inspiré par l’oeuvre du photographe et avec la ferme intention de poursuivre ma démarche de raconteur d’humanité et une mention pour mes photos réalisées, dont celle-ci qu’il aimait particulièrement:

Quelques liens:
A life revealed: L’histoire des retrouvailles entre Steve McCurry et Sharbat Gula.
Le site web du photographe Steve McCurry
L’agence de photoreporter Magnum
Un Interview où Steve McCurry raconte sa relation de 30 ans avec l’Afghanistan
Mise à jour: Par soucis d’éclaircissements suite à un commentaire reçu, la photo de l’homme dans le parc, n’est pas une photo volée. Avant j’ai discuté avec lui, puis, plus tard, il s’est assoupit.