
Google cote les pages web en fonction du nombre de visiteurs pour établir leur valeur.
Par Marc-André Pauzé
Pour poursuivre la réflexion sur l’état du journalisme en général et du photojournalisme en particulier, une petite découverte aide à comprendre les motivations de certains médias qui utilisent des blogueurs qui ne dédaignent pas la polémique. En effet, comme mentionné dans un article précédent, les revenus de la vente en kiosque, les abonnements et les petites annonces étant en constante chute libre, les médias se tournent vers internet pour diffuser leur contenu. Comme internet a véhiculé le mythe du “tout gratuit”, les médias n’ont que la publicité pour engranger des revenus.
Or, Google, par l’entremise de sa fonction “Google Analitics” cote la valeur publicitaire des pages web en fonction du nombre de visiteurs. Donc si on veut des commanditaires payants, il faut beaucoup de clics sur les pages. On peut, bien sûr, attirer des visiteurs en écrivant des articles intéressants et recherchés, mais on peut aussi en attirer, et peut-être plus facilement (en tout cas pour beaucoup moins cher) en payant un chroniqueur, souvent non-syndiqué, qui n’a pas peur de brasser. L’humain étant curieux, lorsqu’il y a une polémique sur un sujet, les visiteurs vont affluer vers le site en question. Si cette situation se répète souvent ou régulièrement, les annonceurs devront payer beaucoup plus cher leur publicité.
Un peu dans la même veine, le livre du journaliste français Bernard Poulet, “La fin des journaux et l’avenir de l’information”vient de sortir au Québec. Monsieur Poulet note, par exemple, que si les étudiants de l’Institut des Études Politiques de Paris lisaient «le Monde» tous les jours, il y a 20 ans, maintenant ils ne sont plus que 20 à 30 % à le faire.
“Pourquoi payer quand on a la même chose gratuitement? Dans leur course frénétique à l’équilibre des comptes, les journaux écornent leur image et appauvrissent leur contenu, décourageant toujours plus de lecteurs. C’est entrer dans une spirale infernale que d’appauvrir l’offre pour boucher les trous financiers. On se retrouve avec du gris sur le papier, un gris qui se différencie de moins en moins des autres gris, y compris de celui des «gratuits» (…)
Mais qui achète (les journaux et magazines)? On fait des couvertures pour faire vendre en kiosque. Mais parallèlement, on s’aperçoit que progressivement le nombre d’abonnements diminue. En kiosque, on vend sur du spectaculaire à un lectorat volatil, mais la démarche du lecteur qui s’abonne est basée sur de toutes autres motivations. Bien sûr, il y a les «gens du radio réveil», ceux qui se sont abonnés pour avoir un cadeau, mais il y a tous ceux qui le font par empathie avec un titre et ce qu’il représente. Avec cette banalisation du contenu, on va vers une condamnation du lectorat.”
Ainsi, dans une entrevue, il donne en exemple, le magazine “Newsweek” qui a décidé de ne plus suivre tous les sujets, pour se concentrer sur quelques-uns seulement. En ce faisant, il sacrifie la moitié de son lectorat, faisant le pari que 1,5 million de lecteurs seront disposés à payer plus cher pour avoir plus de qualité.
Dans son livre, il fait le récit de la débâcle des hebdos et grands quotidiens à travers le monde et recense les initiatives pour s’en sortir. Il avoue que parmi les initiatives passées en revue, aucune n’offre une garantie de succès.
«La Fin des journaux et l’avenir de l’information», par Bernard Poulet, Le Débat-Gallimard, 210 pages,