Par Marc-André Pauzé
En sortant de notre petit hôtel, nous nous rendons sur la grande place publique de Douz, à la porte du Sahara tunisien. Des boutiques d’artisanats ou de souvenirs sont logées dans les petits bâtiments qui entourent la place. On entre dans une boutique de tapis. À gauche, il y a une vitrine avec de vieux bijoux, des bracelets en argent et des colliers. Dessous, il y a une table remplie de roches de toutes sortes. Je m’agenouille et y trouve des pointes de silex. De loin, un homme m’observe, étendu sur ses tapis. Au bout d’un moment, il me demande de venir le rejoindre dans l’arrière-boutique. On s’y assoit.
Il nous pose des questions sur notre voyage et nos impressions sur la Tunisie.
Pour être franc avec vous, j’ai rencontré deux Tunisie. Une qui voit l’étranger comme une machine à sous et l’autre qui prend le temps de faire connaissance. Je préfère la deuxième et ma fille et moi essayons de rencontrer ces gens et prendre le temps nous aussi. C’est pourquoi nous voyageons hors des grands circuits touristiques.
Il sourit.
J’ai l’impression qu’on passe un test. L’homme nous pose beaucoup de questions et nous observe. Il sourit à nos réponses, ou hoche de la tête.
Les jours qui suivent, nous nous rendons souvent dans la boutique de Hedi. Alors que nous nous préparons à partir quelques jours dans le désert, il m’offre de me passer les carnets de voyage de Théodore Monod, un explorateur français amoureux du Sahara, afin que je le lise dans le désert. Je refuse, ne voulant pas l’abîmer. Dans un autre livre, je trouve un texte qui explique le mode de vie des Merazigues, tribu de Bédouins de Douz, dont fait partie Hedi :
«D’origine essentiellement maraboutique, de caractère pastoral, de mœurs puritaines, les Merazigues se complaisaient dans leur nomadisme semi-permanent et dans leur isolement efficace qui les tenait hors de portée, ou presque, d’autres chefs et guides que les leurs propres. Ils fermaient aussi d’une façon heureuse le cycle de leur économie, se nourrissant surtout de lait et de dattes, se vêtant de lainages tissés par eux-mêmes, se chaussant de «balghas» en bon cuir de leurs bêtes, habitant sous des tentes en poils de chèvre, transportant leurs vivres dans des «Ghrairs» (sacs) ou des «adilas» (paniers) œuvres de leurs mains et leur eau dans des «guerbas» en peau de bouc, utilisant la laine de leurs moutons et quelques agneaux comme monnaie d’échange pour acquérir ce qu’ils ne pouvaient trouver chez eux : des céréales, du sucre et du thé.
Mai (sic), l’assèchement climatique de leur zone de parcours rendant de plus en plus précaires les ressources de leur élevage, les difficultés et les contraintes de la vie moderne ayant brusquement pénétré jusqu’à eux par les grandes épreuves de la guerre (1943) et de la dissidence (1944), il est arrivé que la génération nouvelle se trouve beaucoup moins «isolationniste» que ne l’étaient les précédentes. »
Seran, Jean ; Parcours Marazig, Paris. 1960.
Ce livre raconte l’histoire, mais aussi les légendes du peuple Merazigue afin de préserver un peu du capital culturel d’un peuple qui a vécu un changement important dans la deuxième moitié du Xxe siècle. Il est le «…reportage auprès de l’âme de ce pays» (Seran, p.11). Hedi me le prête pour que je puisse en lire des passages avant de partir.
Une fois dans le désert, nous faisons la connaissance de Saïd, notre guide. C’est un homme dans la quarantaine avancée, arborant une petite moustache et son chèche un peu tout croche sur la tête. On charge les bagages et nous commençons notre première (très petite) méharée. Déjà, après quelques minutes, on croise les squelettes de chèvres qui blanchissent au soleil. Puis on circule parmi une série de petites dunes. À l’horizon, à droite, on suit l’oasis de Douz. Devant, il n’y a rien. Du sable à perte de vue. J’étudie le parcours de Saïd qui cherche son passage à travers les petites dunes. J’essaie d’apprendre à distinguer les variétés de sables, les types de dunes, un peu comme lorsque l’on marche dans la neige.
En fin de journée, on assiste à un magnifique coucher de soleil avec les chameaux. Puis c’est le souper sous l’éclairage du feu et derrière nous la lune veille. Saïd semble perdu dans ses pensées. CLIC!