Par Marc-André Pauzé
Dring dring (OK les téléphones ne sonnent plus comme ça, mais essayez de décrire la sonnerie d’un téléphone portable pour voir). À ma grande surprise, c’est le nom de l’éditeur photo de l’agence Sipa Press qui est sur l’afficheur. Jusqu’à maintenant, nous avions eu uniquement des communications courriel .
(En anglais) es-tu libre dans deux jours pour une assignation à Montréal afin de passer la journée avec un comédien français. Tu devras le prendre en photo avec sa copine, dans différents endroits de la ville. C’est pour un magazine français.
Après avoir accepté le contrat, je reçois un appel de Paris (la maison mère de l’agence) et j’apprends que ce n’est pas un comédien français, mais bien Anthony Kavanagh qui, à cette époque, travaillait en France. L’éditrice de Sipa me donne quelques consignes et raccroche. Dix minutes plus tard, elle rappelle:
Il faudrait que tu sois avec une maquilleuse.
Ici j’ai deux raisons pour être un peu surpris et embêté:
1. C’est pour vendredi et on est mercredi en fin d’après-midi.
2. Je suis photojournaliste qui oeuvre dans l’humanitaire, la brousse africaine, Unicef, etc. Pas dans le “People”.
Mais je fais comme d’habitude et je lui demande 10 minutes pour organiser ça. Un coup de téléphone à mon amie Diane, qui a une ado très banchée sur la mode, et j’ai le nom de sa prof de Hip-Hop qui fait du maquillage en “side-line”. Ouf!
Donc vendredi matin, je suis avec la maquilleuse, le comédien, sa fiancée, tous deux très “cool”, et son agent de presse, qui elle, est sur les nerfs. La Dame n’est pas habituée de travailler avec des photographes humanitaires et elle ne se gêne pas pour le dire … souvent.
C’est vrai que ça ferait une bonne photo pour Vision Mondiale: “Voyez comment, avec votre argent, ils peuvent s’en sortir” lui dis-je du tac au tac, fatigué de ses remarques.
Pendant que monsieur Kavanagh, qui se fait maquiller depuis une heure, se bidonne de ma réplique, la Dame rit jaune et se distrait en pitonnant sur son téléphone. Finalement, la journée se déroule assez bien, et je dirige de plus en plus les acteurs pour les prises (ce que je ne suis pas habitué de faire dans mes documentaires). En début de soirée, alors que nous sommes à l’Observatoire du Mont-Royal pour une photo au-dessus du centre-ville, la terrasse se vide complètement des touristes. Il ne reste que nous. Une image me passe par la tête et je donne mes directives pour la dernière photo de la journée.
Anthony et Alexandra s’exécutent (ils sont bons comédiens, quand même) sous les lampadaires. CLIC!
Et voilà pour les agents de presse du show-business qui n’ont pas confiance aux photographes de brousse.