La culture tradionnelle du riz à Madagascar engendre de graves problèmes qui ont des répercussions sur l’environnement, la santé et l’économie des paysans.
Texte et photos : Marc-André Pauzé
MAHABO, MADAGASCAR – Avec le soleil qui se lève, la brume flotte entre les rondes collines d’entre lesquelles s’étendent des champs de riz bordés de quelques arbres. Hubert Joly pénêtre dans la petite maison où il est accueilli par sa voisine, Vola. Il s’installe près du lit de paille et prépare son matériel.
Hubert, un étudiant en soins infirmiers, se rend à la maison de terre de Vola Razafindravola à tous les jours pour lui administrer sa dose de calcium intraveineux suite à une évaluation du médecin du village. Cette situation de santé n’est pas dû au hazard mais à la malnutrition dont les causes sont d’ordre économique et culturelle.
Le décor verdoyant et paisible des hauts-plateaux malgaches cache une réalité lourde de conséquences. «Les montagnes et les collines que vous voyez autour étaient jadis couvertes d’arbres. Mais les paysans ont tout coupé pour faire du charbon de cuisson », raconte le maire, Martin-Pierre Rakotoson. « Les gens sont pauvres et n’ont que ça pour faire cuire le riz qu’ils mangent trois fois par jour. » La situation économique des communes et régions rurales oblige les paysans à couper les arbres pour faire du combustible. Même les souches qui pourraient permettre un retigeage sont enterrées et carbonisées.
Dans un pays où 7 personnes sur 10 vivent avec moins d’un dollar US par jour, à la déforestation, s’ajoutent d’autres problèmes plus subtils et tout aussi complexes et souvent interreliés, comme la malnutrition et l’insécurité alimentaire. L’économie rurale repose en majeure partie sur la production de riz des paysans. Le paysage enchanteur qui contraste tellement avec la grise et sale capitale ne montre pas immédiatement ce qu’il cache. Le charbon produit sert à la cuisson et à la vente pour permettre l’achat de quelques denrées et des instruments de cuisine. Ce commerce ne suffisant pas, les paysans doivent aussi vendre une bonne partie de la production de riz. La partie de riz gardée pour nourrir les familles ne suffit pas à faire toute l’année. Ainsi dès décembre, les stocks sont épuisés. “Il est très fréquent que les paysans souffrent d’hypocalcémie après les périodes de disettes. Et une diète à base de riz entraîne souvent une carence en Vitamine A. C’est pourquoi le gouvernement canadien aide au financement d’une distribution nationale annuelle, de vitamine A, organisée par UNICEF” d’ajouter le docteur Lili.
« Traditionnellement, les Malgaches mangent du riz trois fois par jour, et ce n’est pas un accompagnement. C’est l’élément principal de l’assiette. Souvent le seul. Phénomène économique et culturel. En effet, un Malgache se sent rassasié uniquement quand il a le ventre plein, et le riz donne rapidement cette sensation. » À la fin d’un repas composé d’une grosse portion de riz et de quelques haricots verts, un Malgache s’exclamera avec joie “Voky Be”, je suis rassasié .
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