
Des enfants cherchent du Saphir pour subvenir aux besoins de la famille. Photo © Marc-André Pauzé - Tous droits réservés
Par Marc-André Pauzé
ILAKAKA, MADAGASCAR. - Le Toyota Landcruiser se fraie un chemin à travers la cohue d’Ilakaka. Pourtant, il y a quelques minutes à peine, le véhicule circulait sur une route paisible depuis Ranohira et le Parc national de l’Isalo. Un décor semi-désertique parsemé de formations de grès rappelant le Sud-ouest américain. Là n’est pas la seule similitude avec cet environnement typique des films westerns. Déjà la veille, traversant les montagnes, nous avions croisé un troupeau de mille têtes de zébus escortés par des « zébus-boys ». Certains étaient armés de Kalachnikov pour se protéger des voleurs de bétail.
À peine sommes-nous sortis des limites du parc, le plus fréquenté du pays, que de grands oiseaux planant dans le ciel annonçaient déjà la ville. Dans la rue principale d’Ilakaka, il y a une activité débordante quoiqu’il soit à peine huit heures du matin. De chaque côté, les commerces aux comptoirs grillagés de fer grouillent de types au regard dur et soupçonneux. Derrière les comptoirs, des Sri Lankais, des Thaïlandais, des Africains de l’Ouest et des Indo-Pakistanais regardent prospérer leurs affaires sous la surveillance de leurs hommes de main et des gardes du corps. Le 4X4 avance lentement, klaxonnant et évitant les hommes adossés sur les voitures montées et quelques bagarres qui sont, semble-t-il, monnaie courante. Depuis une semaine je découvre un nouveau visage de Madagascar.
Une série d’événements nous ont conduit ici, Nathalie et moi. Une semaine plus tôt, après avoir interviewé la directrice de Unicef – Madagascar, nous devions partir pour trois jours vers les forêts luxuriantes de la côte est et revenir en ville pour notre départ en reportage avec une équipe d’Unicef. J’avais demandé à un ami de venir nous chercher à la petite pension où nous logions, le lendemain matin.
À la tombée de la nuit, nous nous dirigions, comme d’habitude, vers un restaurant dans le centre-ville, à partir du quartier Faravohitra, lorsqu’un type en cagoule qui marchait devant nous, se retourna soudainement et chargea son revolver sous notre nez.
- Ton porte-monnaie, cracha-t-il.
Nathalie était un peu à l’écart et se tenait le long d’un mur. Le type, nerveux regardait à gauche et à droite pendant que je fouillais dans mes poches. Comme il trouvait que je n’allais pas assez vite, il décida de fouiller lui-même. J’avais le revolver dans la figure tenu par un péquenot nerveux, tremblant et déséquilibré de par sa position à me fouiller le pantalon. Une belle situation avec un potentiel assez explosif.
Comme il ne semblait pas trouver, même si j’avais quelques billets de banque malgache, je lui demandai s’il avait besoin d’aide… Son regard se promena, avec son revolver, de mon nez, à Nathalie. Il était de plus en plus nerveux et cessa soudainement de fouiller dans ma poche, puis il descendit dans ma poche de cuisse et prit mon passeport.
- Hey ça ne te servira à rien, c’est mon passeport.
Il ne voulut rien comprendre, se dirigea vers Nathalie, figée, et prit son sac à dos. Toujours en nous pointant son revolver, il partit en courant vers une ruelle et disparut. Le tout a duré à peine 30 secondes.
- Bon, est-ce qu’on va manger quand même? Il me reste de l’argent.
C’est en disant cela et en voyant le regard de Nathalie, que je me rendis compte que ce n’était pas la chose la plus adéquate à dire.
- Veux-tu qu’on aille au Royal Palissandre?
Elle fit signe que oui et nous sommes retournés vers l’hôtel dont je connaissais le gérant. Là, ce dernier emmena Nathalie dans son bureau afin qu’elle téléphone au Canada pour annuler sa carte de crédit. Pendant ce temps, j’attendais dans le lobby en sirotant une bière froide, quand un groupe d’hommes vêtus en survêtements Adidas, firent éruption dans l’hôtel.
- Où sont les victimes du vol, demanda celui qui était devant.
Je m’avançai et me présentai. C’était des policiers, appelés par un employé du Royal Palissandre. Ils me posèrent quelques questions et voulurent que je leur dise où cela c’était passé.
- Je ne sais pas comment ça s’appelle, mais je peux vous montrer où c’est.
- Vous voulez venir avec nous, demanda-t-il, surpris.
Après avoir acquiescé, nous sortons tous en courant et embarquèrent dans une camionnette garée à la porte. En ouvrant la porte coulissante, j’embarquai sur la banquette arrière en marchant sur plein de truc. Toute l’équipe s’engouffra dans la camionnette et nous partîmes. En passant sous un lampadaire je vus que les trucs sur le plancher étaient des mitraillettes et des lances-grenades.
- Vous êtes bien équipés.
Le chauffeur se retourna.
- Monsieur, nous sommes l’escouade tactique, les SWATs de la police d’Antananarivo.
Je retins un fou rire et lui indiquai la direction de la ruelle.
- Parfait, partons à la recherche du malfaiteur, dit-il. Mais tout d’abord, allons mettre de l’essence…
Évidemment, nous ne l’avons pas trouvé. Le lendemain, nous poursuivirent nos démarches en allant au commissariat de police. Trois heures plus tard, nous sortions avec un rapport de vol et nous allâmes voir le Consul honoraire du Canada. Celui-ci me suggéra de me faire faire un nouveau passeport. Cela prendrait trois semaines et c’est l’Ambassade du Canada à Dar Es Salam, en Tanzanie qui se chargerait de me l’envoyer. Comme nous devions régler tout ça avant de partir avec Unicef, il n’était plus question d’aller dans la jungle. C’est alors que le Consul nous invita à fêter la fête nationale du Canada chez lui.
Là nous rencontrèrent plusieurs expatriés canadiens, dont Rames Abhukara, le représentant canadien du Bureau international du Travail (BIT), une agence de l’ONU, chargée d’appuyer le gouvernement malgache à lutter contre le travail des enfants. Il nous donna des renseignements et un contact pour aller à Ilakaka, la ville minière du sud. Le Klondike de Madagascar…
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